mercredi 30 septembre 2009

Le Malimail 02





Association MALIKANU

Sieuras, le 30 août 2009


Voici le deuxième Malimail de Malikanu, une association qui soutient des petits projets au Mali.
Vous y trouverez le récit du voyage de Wendela au printemps dernier, pendant lequel elle a revisité les trois projets dont il était déjà question dans Le Malimail 01.
Vous y lirez également un article de Mahamane Maiga, directeur du Centre d’écoute de Bamako qui nous présente le projet « Musow Wilila », réalisé partiellement grâce à Malikanu.


Retour au Mali.

En avril dernier, Wendela est retournée au Mali pour préparer les trois projets soutenus par l’association Malikanu. Entre parenthèses, 100 % de toutes vos donations vont aux projets. Tous les frais et dépenses de voyage sont à notre charge.

Voici ce qu’elle nous écrit de son séjour :

Revenir à Bamako devient un peu comme revenir à la maison ! Je suis accueillie chaleureusement par Mahamane, notre responsable du projet dans le quartier de Sikoroni. Nous avons programmé ici un projet qui permet aux femmes de se créer une activité génératrice d’un petit revenu. Par exemple : un stand au marché avec du poisson frit, un petit commerce de mangues, un potager à l’orée du quartier, au bord du ruisseau… Ce projet est destiné à des mères ayant en charge beaucoup d’enfants mais sans mari, en général décédé. Tous les six mois, un groupe de 15 femmes peut y participer. Ce groupe est sélectionné en coordination avec le dispensaire du quartier. Environ la moitié des femmes sont séropositives. Elles obtiennent un micro-crédit dont elles devront rembourser 50% durant le projet. Au début, elles reçoivent également un sac de riz de 50 kg, du sucre et du lait, afin d’éviter qu’elles dépensent l’argent emprunté à l’achat de nourriture au lieu de l’investir dans leur petite entreprise. Elles suivent 2 matins par semaine une formation. C’est également un moment de partage de leurs expériences. Un moniteur du centre prend les cours en charge et une accompagnatrice suit personnellement chaque participante et lui rend visite chaque mois. Mahamane a déjà l’expérience de ce genre de projets.
Pour chaque groupe de 15 femmes participant au projet, 3400 € sont nécessaires. Le centre d’écoute peut investir 900 € sous forme de locaux, de cours, de main d’œuvre et de transport. Malikanu voudrait participer aux 2500 € restants.

Durant mon séjour ici, je suis logée et nourrie dans le centre d’écoute. Quand les enfants qui fréquentent ce centre ne sont pas à l’école, nous profitons du temps ensemble pour apprendre à tricoter et fabriquer des bracelets.


Les filles de Bandiagara.

Timothée m’attend à Bandiagara. La semaine de mon arrivée est aussi la semaine des élections municipales, et on ressent la tension à chaque coin de rue. À mes yeux, c’est un village en plein chamboulement. C’est la porte sur la Vallée Dogon, un croisement de routes avec, au centre, un immense marché coloré. C’est trop grand pour être un village et pourtant tout le monde se connaît. C’est trop petit pour être une ville et pourtant l’influence du monde moderne est notable. Bandiagara se trouve en Pays Dogon. Les habitants, les Dogons, sont des cultivateurs, mais le village est également habité par des Peuls, qui sont traditionnellement des éleveurs. Il y a d’anciennes familles aisées appauvries, mais aussi des jeunes « businessmen » qui s’enrichissent ostensiblement.
Les murs sont tapissés d’une mosaïque d’affiches pour les élections ! Il y a 15 listes électorales et toutes font campagne pour les municipales. Timothée, un homme actif, est très impliqué. Un soir il m’a amenée dans une réunion de quartier. Il m’a fait asseoir dans un siège normalement destiné aux VIP ; certes, je ne comprends pas le dogon ni la traduction faite en peul… mais ce que j’en retiens, c’est que chacun est impliqué et parle avec le cœur. Après chaque orateur, il y a de la musique et des danses… et tout le monde participe !
Lorsque Timothée a un peu de temps, il m’emmène visiter son école, dont il est le directeur. Dans chaque classe, il y a 80 élèves environ parmi lesquels 6 ou 7 filles qui sont enceintes. Certaines, de 16 ou 17 ans, sont déjà mariées ; ce ne sont pas elles qui sont concernées par notre soutien. D’autres filles de 13 ou 14 ans sont tombés enceintes involontairement. Elles risquent pour cela de perdre le contact avec leur famille. Ce sont elles qui sont concernées par notre soutien. Parfois, ces filles se font rejeter ou négliger par leur famille car celle-ci ne peut pas prendre en charge les besoins de la mère célibataire et du futur enfant. Le soutien que nous voulons apporter ne concerne pas que la jeune mère mais aussi sa famille en donnant, par exemple, un sac de riz, du lait en poudre, du savon et d’autres produits de première nécessité, plus une petite somme d’argent à utiliser pour l’achat de poisson ou de viande une fois par semaine pour la future mère. Cela, avec le soutien moral et un suivi régulier par Timothée, peut suffire à recréer un lien entre la jeune fille et sa famille.
Timothée a beaucoup d’expérience des jeunes élèves et son but est également de permettre aux jeunes filles de réussir leur scolarité jusqu'au brevet, malgré leur grossesse. Cela n’est possible qu’avec le soutien de leur famille ; elles auront ainsi plus de chance d’avoir un meilleur avenir.
Quand je rentre dans les classes et que je vois tant de filles dans cette situation, j’ai le mot «prévention» qui me travaille l’esprit. Après en avoir parlé avec Timothée, il m’explique que la l’éducation sexuelle est bien à l’ordre du jour dans les écoles mais que le sujet est à peine abordé dans les familles, à la maison. Les mères sont très gênées d’en parler avec leurs enfants ; parfois ce sont les grands-mères qui s’en chargent. L’idée de la prévention reste donc à développer.
Ce projet dure un an pour chaque jeune fille. Déjà cet été, nous commençons notre soutien avec cinq jeunes filles. Le montant nécessaire est de 820 €.

Un rapport avec les objectifs et le budget est disponible sur le Weblog.


Vallée Dogon.

Pour le troisième projet, je descends à Endé, et c’est réellement « descendre » car Bandiagara se trouve encore sur le plateau tandis qu’Endé est dans la Vallée Dogon. Avec un taxi brousse (les fameux bus bien bondés), je parcours les derniers 35 km. À cette période d’avril, rien ne pousse. Il ne reste que quelques arbres dans un paysage aride et désolé. On voit à droite et à gauche du bétail qui broute les derniers brins d’herbe sèche. Cependant, je trouve ça beau ! C’est émouvant de voir que les gens peuvent habiter ici aussi ! Cela a quelque chose de courageux ! Lorsque le goudron s’arrête, il reste encore 8 km jusqu'à Endé. Normalement, ils sont parcourus à pied mais la famille d’Amadou est tellement accueillante qu’ils viennent me chercher avec la charrette à bœuf. Mon regard de fermière remarque vite que le bœuf est deux fois plus maigre qu’en octobre dernier ! Tous, hommes et animaux, attendent avec impatience la venue de la saison des pluies qui n’est prévue que dans un mois. Amadou et sa famille m’accueillent à bras ouverts, tous les «petits frères et petites sœurs » se précipitent à ma rencontre et crient « Wendela, Wendela, Soit la Bienvenue ! »
Avec Amadou, je parle du projet et nous sommes d’accord qu’il vaut mieux que Malikanu soutienne tous les enfants du quartier à aller à l’école et pas seulement les plus pauvres. Car comment faire une sélection dans une population où personne n’a de moyens ? Nous décidons que chaque action que nous allons entreprendre se fera par l’intermédiaire d’une association déjà existante. C’est pour cela qu’il me présente alors à plusieurs personnes.
Mais d’abord, il y a la rencontre avec les « Vieux du village ». Ce sont eux qui doivent être informés en premier de ce qui se passe dans le quartier. Un appentis nous protège du soleil et nous sommes assis par terre. Amadou explique nos idées et chacun acquiesce d’un hochement de tête. Amadou traduit pour moi car tous parlent en dogon. Ensuite, chacun dit ce qu’il pense et tous écoutent. Personne n’interrompt et chacun a autant de temps de parole. Je ne suis pas étonnée qu’ils approuvent ce projet, mais je suis impressionnée par la manière dont les gens communiquent.
Lors de ma présentation à l’association locale (une initiative pour le développement du quartier au niveau social et culturel), la réunion se déroule de la même manière. Il est tard et il fait déjà nuit. Pour ouvrir la réunion, le président en expose la raison, puis me présente. Comme chez les Vieux du village, chacun s’exprime et tout le monde écoute. Des idées prennent forme, comme celle d’expliquer aux parents la nécessité et l’importance de la scolarité de leurs enfants lors d’une distribution de fournitures scolaires. Quand la réunion est terminée, tout le monde parle, personne n’écoute, certains s’endorment, et soudainement… tout le monde est parti !

J’aime être dans la Vallée Dogon, et les « au-revoirs » sont toujours un peu difficiles !

Plus de détails sur ce projet à la rentrée.


Mahamane Maiga , directeur du Centre d’écoute de Sikoroni à Bamako, a envoyé un texte destiné spécialement à ce Malimail.

Le Centre d’Ecoute Communautaire de Sikoro depuis sa création en 1996 s’est consacré à l’éducation et à l’insertion sociale des enfants et jeunes en situation difficile. Parmi ces enfants nous avons toujours eu à faire face à un grand nombre d’orphelins. Ces orphelins sont pris en chargé dans la plus part des cas par des femmes tuteurs ou leurs mamans malades, infectées par le VIH/SIDA, très âgées, ou handicapées. Cette situation aggravait la situation de ces enfants malgré qu’ils soient encadrés ou scolarisés par le centre. Ces conditions difficiles de vie conduisaient les enfants à abandonner l’école, à retomber dans la mendicité et dans la rue.
L’analyse de la situation nous a conduit à monter un projet avec comme objectif principal financer des petits projets d’activités génératrices pour permettre à ces femmes de prendre mieux en charge les besoins élémentaires des enfants et les petites charges de la famille. Sur la base d’une enquête économique et sociale menée auprès des 15 femmes ciblées, elles exercent toutes déjà une petite activité commerciale pour laquelle elles cherchent seulement un petit appui financier pour l’agrandir et augmenter leur bénéfices .
Les activités de ce projet sont entre autres :
-L’octroi d’un crédit avec remboursement seulement des 50%
-Les cours d’alphabétisation aux femmes
-Les causeries informatives sur l’hygiène et les maladies sexuellement transmissibles
-L’octroi de dons de céréales, de savon, de sucre et de lait à chaque femme
-La scolarisation de 1 enfant pour chaque femme

Nous avons présenté ce projet à Wendela et à MaliKanu pour financement et tout de suite nous avons reçu un écho favorable et nous n’en sommes pas surpris.
Depuis 3 ans Wendela fréquente notre quartier et notre centre. Dame de cœur à l’âme sensible, vite elle a été touchée par la situation des enfants et s’est mise à mobiliser des dons en France et en Hollande auprès de ses amis et de sa famille pour aider nos orphelins et leur maman à se soigner et à se nourrir.
Présidente de Malikanu et ayant vu et aider ces familles, ces enfants et leur maman, ce projet se situe en droite ligne des actions déjà entreprises dans notre quartier par Wendela.
Il consacrera le point de départ vers l’autonomie et l’indépendance de ces femmes qui n’aspirent plus à rester dépendantes de la mendicité et des dons, d’où le nom du projet : « Musow Wilila » qui signifie en bambara, « Les Femmes se réveillent » ou « Les femmes sont debout »


« Apprenons à pêcher aux gens, au lieu de leur offrir tous les jours du poisson »

Mahamane MAIGA
Animateur Socioculturel
Directeur du Centre d’Ecoute
Communautaire de Sikoro





Aujourd’hui.

Beaucoup de personnes ont déjà réagi avec enthousiasme et sympathie à Malikanu. Certaines ont adhéré et/ou ont fait des dons, ce qui nous permet de démarrer notre soutien aux projets.
Plusieurs personnes s’investissent dans les traductions et corrections du Malimail.
En France, Dick est en train de créer un site. Le Weblog existe déjà.
Une action de David et Marjolijn, à Utrecht aux Pays-Bas, a permis de récolter 100 € en faisant deviner le poids d’un fromage pour une mise de 2 €.
Rita fait des cartes postales qu’elle vend au profit de Malikanu.
Deux autres personnes créent des bijoux et font don d’une partie de leur recette à notre association.
Nous tenons à les remercier tous.

Envie de participer ?

Tout le monde peut recevoir Le Malimail gratuitement.
Vous pouvez adhérer à Malikanu pour 20 € par an.
Vous pouvez nous soutenir financièrement. Vos dons, petits et grands, sont les bienvenus et seront bien utilisés. Sachez que 100 % de l’argent est consacré directement aux projets.
Suggestion : un virement mensuel d’un petit montant permettrait à Malikanu de mieux prévoir l’avenir.
Vos chèques, libellés au nom de Association Malikanu, sont à envoyer à Wendela Engelhard, Ferme Soulère, 09130 Sieuras.
Si vous choisissez le virement bancaire automatique, vous trouverez les coordonnées bancaires de Malikanu au bas de la page.
Toutes vos réflexions concernant Malikanu et le Malimail seront les bienvenues, ainsi que vos idées, vos actions, votre enthousiasme !
Amicalement,
Wendela et Nicole

Association Malikanu
Wendela Engelhard, présidente
Nicole Damen, trésorière et secrétaire

Stichting Malikanu
Bestuur: Wendela Engelhard, voorzitter
David Engelhard, secretaris
Maaike Burggrafer, penningmeester

Adresse France: Ferme Soulère Sieuras, 09130 France
Adresse aux Pays Bas: P.a. Graafschap 10
3524 TR UTRECHT Nederland

Compte bancaire Crédit Agricole,
Lézat sur Lèze
21764093000 au nom de : Malikanu Association

Données Bancaires: Rabobank, Utrecht 111 757 827 o.v.v. Stichting Malikanu

Adresse au Mali:
Centre d’écoute de Sikoroni, BPE 157Bamako, Mali

Contact : malikanu.wendela@gmail.com

Ceci est le deuxième bulletin de l’Association Malikanu. Le bulletin s’intitule Le Malimail et sortira environ tous les trimestres. Tous ceux qui sont concernés par le Mali et les projets que nous soutenons, peuvent obtenir ce Malimail gratuitement et le diffuser.